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Phonographie Saint-Nazaire

Publié le: 5 juillet 2018

Textes

22 septembre 2018


En simple poèsie

Édouard Germain
Itual Ketakiaska

LONGTEMPS. DE BONHEUR, JE ME SUIS LEVÉ

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
S’abreuver à la fontaine.

Penser : ailleurs.

Ici, s’accorder à la contemplation.
Ici, attendre tout de l’horizon, y compris si c’est dangereux.
Ici, se trouver impatient de réapprendre la patience.
Ici, car le temps en état de dilatation, comme ultime.

Parce qu’il faut ouvrir une porte de l’écluse, lever le pont, laisser entrer le bateau, amarrer le bateau, fermer la porte, baisser le pont, ouvrir l’autre porte, faire tourner l’autre pont, désamarrer le bateau, laisser sortir le bateau, remettre le pont en place et fermer la porte. Dire au-revoir, parfois d’un coup de corne, d’un regard…

Il y a de l’immuable ici.
Il y a par exemple une base sous-marine, construite par les allemands, dans le pire de leur histoire, monumentale comme douloureuse comme indestructible. L’histoire comme la base.
Des protocoles aussi, si tellement précis, si précisément lents. Éviter quelque nouvel accident que ce soit.
On en joue quand-même, des protocoles, avec des tentatives de passes non-conventionnelles, 3 bateaux en même temps par exemple. Ce sera 1heure pour en sortir. On ne passe plus, ni en voiture sur les ponts, ni en bateau sur l’eau. On attend.
C’est comme ça. Et c’est bien.

La base change, les passes changent, l’immuable mue.

À Saint-Nazaire, on travaille. On lubrifie. Tout est si tant bien lubrifié que les ponts levant, tournant sont presque totalement silencieux. C’est comme un drame pour le preneur de son. Mais, il faut que ça tourne. Que tout tourne, tout le temps.
À Saint-Nazaire, ça glisse, ça tape, ça chauffe, ça tord, ça soude, ça peint, ça nettoie, ça astique, ça décore, ça fait beau… Une certaine idée de la beauté. Elle est sans doute ailleurs la beauté, dans les marécages, les fonderies à l’abandon, dans les trous des filets des pêcheurs…
Ça vit ici.
À Saint-Nazaire, il n’y aurait presque plus de différence entre le jour et la nuit, 24heures seraient à peine suffisantes ; non plus qu’entre le début et la fin de la semaine, 7jours seraient à peine suffisants. Encore moins entre l’ici et l’ailleurs, si seulement.
À Saint-Nazaire, on regarde le soleil, la lune et les étoiles, pour savoir où on va, l’heure qu’il est.
À Saint-Nazaire, on écoute les marrées.
À Saint-Nazaire, on regarde partir et arriver les bateaux.
De bateaux boitants,
Joël Bateux a fait des bateaux battants.
Teaux ba, Tant boi
Teu ba, to ba, tant ba

Par : Matthieu Doze

15 septembre 2018


Médifatif Poétique

Édouard Germain
Itual Ketakiaska

15 septembre 2018


KIT8IN
VOIX

Nos voix renaîtront en beauté
Où s’endeuillent
Dans nos vastes forêts
Dans nos vastes plaines
Au risque d’égratigner faux dieu
Où tremblent leurs reflets
Et en sortir de leurs univers
Nous vous arbres

Là où nous nous sommes battus
Là-bas à l’autre bout
Tout front vers nos tombeaux
Souffle qui s’éteint
Ce n’est pas une fiction
Instaurer justice la paix
Blessés dans vos entrailles
En dévoilant ce chant triste

Où sonneront dans nos montagnes
Nos appels nos adieux
Où nous sommes
Détournez pas vos yeux
Vous êtes nos messagés
De nos couleurs
Où nos corps frissonnaient
De nos chemins d’exils d’enfance

Aimés depuis le premier jour
Un sage prépare
Nos chaines douces
Vos souvenirs d’amour
Au nom du papillon mort
Au nom du cordon mort
Au pays, aux peuples d’agir
Nous, nous sommes les étoiles qui chantent

À l’immensité du ciel
Pour ce long voyage
Que nos âmes soient lavé
Vous étiez, ils étaient nos soleils, nos joies
Mobilisons nos voix
Écoutons leurs longs cris
Pour que leurs maisons aient un cœur
De femmes d’hommes mûrs

Ils ne font qu’un
Sur les rayons de la lune
Une longue rangée d’arbres
Nous dont nos avirons font retentir
Douce chanson de nos rivières
Qui s’étire à l’infini
À nos amis
Grand sont vos noms

Nous prions pour tous les survivants
Ce que nous sommes en train de vivre
Et nous ouvrons la route des esprits
Où il y a des voyageurs qui s’approchent
Vers un lieu calme
Dans l’immensité du ciel
En attendant que le soleil se couche

Édouard Germain
Itual Ketakiaska

ASS8TE8EK
ILS SONT EN BANDE

Au moment de l’enlèvement
Nous n’étions pas vos ennemis
Tant de choses à vous dire
Tragiquement dans nos mémoires
Nous étions que des enfants
Derrière vos murailles
Cloisons de ruches

Crépitent dans le noir
Des chaires offertes
Frivole appas qui a servis
Sur vos murs ténébreux
Voile vos yeux
Une sombre manne répandre
Qui entraine dans vos sillages

Le goût acre du temps
Vos lits sont couverts de pierres
Se présente à notre insu silencieusement
Vos sombres buts froids
Ont un parfum
Que vous avez construits
Pour nous détruire

Où ont vois nos fresques
Dans l’air silencieux
Ce qui se cache
Coulant nos jours obscurs
Ce que vous nous avez fait
Dans ce monde
Nous ne craignons plus vos secrets

Ce que nous venons de raconter
S’élèvent autour de nous
Ce qui existe en nous
C’est ici que nous portons
Autour d’un même feu
Où u se rencontre
Un livre écrit dans les langues

Qui traverse plaines et forêt
Nous fouille douleurs passés
Quelle fût amères brûlure
Après nos âges d’usures
Sont devenus grands
Que nos montagnes tiennent toujours
Que quelqu’un nous écoute

Pour envelopper nos blessures
Qui sont les nôtres
Rêvant un rêve commun
Nos frères nos sœurs disparus
Ne sois jamais oublier
Ces deuils sans raisons
Et d’en être le chant

Où u inscrivent leurs noms
En leurs mémoires
Font jaillir l’eau de leur silence
Toutes et tous nous est donné
Notre mesure de l’art
Autour d’un grand braisier
Pour un peuple

Déchiffré un texte inépuisable
D’archives dormantes
Laissent des traces de nous
Qui nous délivrent
Nos sources de nos couleurs
Le silence remplace nos voix
Tout ce qui nous entoure

Ne sont qu’un seul souffle
Nous nous sommes mis debout
Et nous parlons de nous
Les hasards de nos vies nous ressemblent
Est un chemin qui mène
Une montagne de compréhension
Qui fait éclore

Dans le calme de l’esprit
Où s’accomplissent nos destins
Ce qui l’embellit
Se découvrir soi-même
Sur les sommets de nos montagnes
Exige de la hauteur
Pour franchir cette frontière

Là où vivent les survivants
Là où nos histoires seront
Graver dans la pierre
Dure toute la vie
Reste ancré plus longtemps
Cela dont nous tirons
Le dos rompu

Grands et petits qui vivez dans les plaines
Grands et petits qui vivez dans la fôret
Remontant des profondeurs
Est le commencement de la sagesse
Pour laver nos plaies
Avec une goutte d’eau
Qu’on ne trouve nulle part
Vaut l’expérience d’une vie

Pour nous comprendre
Un seul enfant qui nait
Et une voix inépuisable
C’est notre continuité
Qui fait voler nos feuilles
Que nos chemins soit différents
Est l’unique miracle qu’on partage

Édouard Germain
Itual Katekiashka

13 septembre 2018


Notes sur protocole 2

de la pointe rouge de Varini trouver l’issue
par le bassin peut-être
le trajet flou commence
odeur de purin
une passerelle ouverte
un panneau
accès interdit à toute personne étrangère à l’exploitation portuaire
passer par le tiers chantier
près de ces pêcheurs
qu’est-ce qu’on pêche dans les bassins du tiers chantier
un tiers lieu noir
le leur demander
laisser les pêcheurs à leur tiers douteux
parce que je vois les balises jonchées
un cimetière de balises couchées entassées rouillées sales
s’y faufiler s’y salir s’y frotter pour un selfie
dans les balises des trous plein de déchets et une cage à oiseaux
sur le bord du bord du quai caresser les carcasses des balises
près à tomber je me tiens à des tête brisée à des flotteurs pourris
aux débris des balises me rattacher pour virer à gauche toute
impasse face à la grille blanche rouillée
avec pourtant un passage
j’y va j’y va pas
trois gars effrayants musclés qui soulèvent une énorme poutre de bois d’un pont de chalutiers au quai
qu’est-ce que je fais
leur demander si on peut passer par là
hésiter trembler vraiment puis j’y va
un pas dans le passage entre le grillage et le bord du quai
ne pas tomber
qu’est-ce que diraient les gars musclés
je tombe pas
franchir
mais comment
comme qui
garder mon cahier à la main mon stylo à la bouche
marcher s’infiltrer
où suis-je
marcher sans savoir mais bien droit
jouer le gars qui va là
j’ai les jambes qui tremblent
un moment hésiter
je pense c’est foutu
les gars avec leur poutre vont venir m’écraser
voir la sortie
marcher tranquille
attendre un peu les gars
pas de gars rien
partir
se dire
j’ai marché façon le gars musclé des services des phares et balises
moi
puis filer
prendre l’avenue des frégates
chercher du tiers encore trouver des touristes
finir rue de la forme écluse
vouloir faire demi-tour
vouloir rester caché entre les balises
entre les chantiers se sentir réduit pas compté
retourner s’infiltrer à la dérive
les jambes tremblantes
regard aux aguets
écouter
s’arrêter
repérer la mauvaise route
l’herbe entre les pavés
se glisser dans les trous
écrire debout
se fondre dans les silos
écrire sur une rampe en regardant un navire, le st pierre manœuvrer pour sortir du bassin
il ne va pas y arriver
il va heurter le bunker
vouloir être sur ce st pierre comme l’homme à la proue
et virer à bâbord marche arrière et la poupe qui se replace sûre d’elle le long du quai
amarrer

Par : Jean-Paul Quéinnec

12 septembre 2018


En aveugle, sur l’axe, guidé par Karine, le 12IX2018

D’abord un trottoir.
Puis le début du pont, celui qui se dresse, comme tranquillement, pour laisser passer les bateaux entre les deux extrémités de l’écluse.
Assez vite, un arrêt, l’invitation à toucher l’énorme engrenage, le mécanisme disproportionné d’une horloge dit-elle.
Relief, creux, des carrés en pleins ou en vides.
De la graisse plein la main.
Plus loin, à gauche, la façade d’une maison peinte de plusieurs couleurs : du jaune, du rose, du bleu, du vert. Et tout de suite après deux grands dessins (des desseins?) sur des façades à droite : une femme avec une chèvre, l’autre avec un chien.
Puis, des joueurs de pétanques.
C’est tellement exotique !
S’asseoir alors sur un banc pour les regarder et les écouter, un peu longuement.
L’air est vif et tellement chargé d’odeurs. L’alternance du soleil vif et des ombres est sans doute ce qui dérange le plus la confiance dans le guidage, ce qui subsiste à travers les paupières fermées.
Étonnement face à ce qui apparaît du mémorial de l’abolition de l’esclavage.
Mais, qu’est ce que c’est ?
Il y a un personnage.
Ah ! Il a une chaine au cou.
C’est étrange…
Et puis, l’hommage à ce travailleur d’origine grecque, détaché comme on dit, mort en 2008 à Saint-Nazaire en suite d’une grève de la faim de 19 jours en sorte de faire reconnaître ses droits.
Déjà, on peut voir de la fumée noire sortir des cheminées d’un nouveau monstre.

Par : Matthieu Doze

Journal Écriture automatique PHONOGRAPHIE Saint Nazaire

Étiquettes, les étiquettes tremblent sur le mémorial et la cuisse de l’esclave qui descend/monte
le pilier dans l’eau.
Le travailleur détaché grec, le grec détaché de sa dette comme l’articulation pour faire respecter ses droits au travail, tout cela a voyagé dans l’articulation encore un peu tendue de
André- Anne-de-l’avion depuis Montréal. Jamais le drapeau breton n’avait aussi bien flotté entre ses deux doigts. Sous la halle, le Holiday inn essaye de devenir le tiers-paysage de la base qui est une réserve naturelle, non entretenue de pigeons, de danse sur les murs et de fumée bloquée par le rideau du fond. » Ça m’énerve » dit Hans Michael. Il suffit d’entretenir ce rideau,, de travailler, il marchera. Jamais le sol n’était monté aussi haut dans ma main et dans le ciel. J’ai vu la petite encoignure du pont s’élever comme le Béluga qui passe à travers Felice Varini. Les triangles, les horizontales, les verticales, les jaunes, les bleus, les verts s’arrêtent pour faire passer les voitures et les boules de pétanque.Un chien se gratte et rejoint son maître qui téléphone depuis sa voiture : quel courage Monsieur le maire. Vous avez aimé tous ces lieux émergeants ?

Par : Emmanuelle Huynh 

Productions sonore de la CRC Dramturgie sonore au théâtre
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